Anténor Firmin : De l’égalité des races humaines

Au courant littéraire esclavagiste du 18è siècle, succéda celui raciste du 19è. En réponse, les esclaves firent Haïti et leurs théoriciens défendirent par les livres la race noire. C'est dans cette continuité que trois hommes haïtiens se sont levés pour combattre les thèses racistes en cours : Hannibal Price, Louis-Joseph Janvier, Anténor Firmin. Ce dernier s'en prendra en 1885 au champion toutes catégories du racisme, Arthur de Gobineau, et à son Essai sur l'inégalité des races humaines (1855), dans ce livre au titre visionnaire : De l'égalité des races humaines, un incontournable des 100 classiques de la bibliothèque bicentenaire haïtienne. [...] De l'égalité des races humaines appartient au grand mouvement des idées anthropologiques, sociologiques, philosophiques, historiques, littéraires et morales de la fin du 19è siècle et restera actuelle tant que le racisme ne sera pas éradiqué de nos sociétés. [...] [éd. Mémoire d'Encrier, 2005]

L’Ancien et le Nouveau. La production du savoir dans l’Afrique d’aujourd’hui

Comment s'articulent en Afrique, dans le domaine du savoir et du savoir-faire, l'ancien et le nouveau ? que savions-nous hier, et que savons-nous aujourd'hui ? Quelle était hier, quelle est aujourd'hui la part du mythe dans ce que nous croyons savoir ? Et comment définir, dans chaque cas, le noyau dur des connaissances solides et universellement valables ? Quels droits et quels devoirs nous reconnaissons-nous en tant qu'êtres humains, en tant que femmes, en tant qu'enfants, en tant que peuples ou nations, et quelle conscience avons-nous aujourd'hui de ces droits et devoirs ? Quel est l'impact de ce qu'on appelle aujourd'hui la mondialisation sur l'évolution du savoir, du savoir-faire, et de cette conscience des droits et devoirs ? A ces questions, et à d'autres qui y sont liées, le présent ouvrage apporte quelques éléments de réponse. C'est le résultat d'un colloque tenu à Cotonou en octobre 2006 sur le thème : "Savoirs traditionnels et science moderne." Il est dédié à la mémoire de Georg Elwert, africaniste allemand disparu en 2005, dont les travaux sur le Bénin, l'Afrique et le Tiers-Monde restent une source d'inspiration pour beaucoup. [éd. Centre Africain des Hautes Etudes, 2009, Porto Novo]

Kwame Nkrumah : L’Afrique doit s’unir

Kwame Nkrumah, ancien président de la République du Ghana, mort en 1972, expose dans cet ouvrage les problèmes qui se posent encore aujourd'hui à l'Afrique indépendante. Dans ce livre, il dresse un bilan du passé et propose des plans d'avenir pour l'édification et le développement d'une Afrique moderne, capable de jouer pleinement son rôle dans le concert des nations. Kwame Nkrumah n'a cessé de lancer des appels à l'unité africaine. On verra dans ces pages l'importance qu'il attachait à une telle unification, seule voie permettant, selon lui, d'assurer un véritable développement de l'Afrique, dans l'intérêt de tous les peuples qui la composent. [Col. "Le Panafricanisme", éd. Présence Africaine, mai 2009, 9€]

Afrocentricité, afrocentrisme


L’Afrocentricité nous presse, nous commande de nous réinscrire, de nous repenser, comme sujets de notre propre existence, et d’en tirer, de façon systématique, toutes les implications. Il s’agit-là d’une démarche profondément révolutionnaire… elle n’exige rien de moins qu’une rupture épistémologique… et une reconstruction volontaire et consciente de nous-mêmes sur des bases africaines

ASANTE KETE MOLEFI


Dans un monde archi-dominé par l’Occident depuis tant de siècles, il ne va pas de soi de se poser, de se penser autrement qu’en des termes occidentalistes. Outre les raisons intrinsèques que j’ai de me penser en tant qu’africain, les faillites calamiteuses de l’occidentalisation du monde exigent des Africains une refondation de l’Afrique en soi et pour soi. L’échec de l’occidentalisation du monde est sinon inéluctable, à tout le moins, souhaitable ; car son succès signifie littéralement l’éradication pure et simple de toute altérité : la fin ultime de toute concurrence consiste en l’éradication de tout concurrent. Des peuples entiers d’Amérindiens ne sont plus là pour en témoigner, ni tant de millions d’Africains emportés par l’occidentalisation de l’Afrique…


J’entends par afrocentrisme, une attitude d’esprit  et une manière d’être au monde consistant à investir la conscience historique de son être-Africain, à agir en toute circonstance avec la conscience aiguë de cette africanité, et à tirer toutes les conséquences philosophiques, spirituelles, culturelles, politiques, scientifiques, etc. de cette conscience de soi en tant qu’Africain. Et j’entends par afrocentricité, le lieu épistémique où s’élaborent intellectuellement cette « attitude d’esprit et cette manière d’être au monde ». Pour tout Africain, l’afrocentrisme est l’alternative « naturelle » à l’occidentalocentrisme. Cependant, toute  démarche afrocentrique individuelle n’épuise pas le paradigme de l’afrocentricité.


Il existe au moins trois façons de critiquer une initiative se réclamant de l’afrocentrisme : soit intrinsèquement, c’est-à-dire au regard du principe de l’afrocentrisme tel qu’ici brièvement défini. Soit extrinsèquement, au regard de considérations notamment occidentalistes, prétendument universelles. Ou encore par des tentatives de discréditation du discours afrocentrique et de ses auteurs emblématiques : Ama Mazama, Asante Kete Molefi, Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, etc. Cette dernière voie est la plus fréquemment suivie, entre autres,  par des personnes ne pouvant supporter que des Africains et Afrodescendants résistent à toutes les formes d’hétéronomie épistémique.



INVESTIR L’AFRICANITE DE MON ETRE

Il ne suffit pas d’être biologiquement africain, comme  sont africains les plantes et animaux d’Afrique. Il faut encore comprendre les circonstances historiales de son être-Africain. Ce qui revient à se confronter sérieusement aux questions telles que : qu’est-ce qu’être africain ? Pourquoi est-il si difficile d’être africain de nos jours ? Comment être plus et mieux africain ? Et bien entendu, ces questions peuvent se poser de différents points de vue, notamment spirituel, philosophique, scientifique, culturel, politique.


AGIR EN TOUTE CIRCONSTANCE AVEC LA CONSCIENCE AIGUË DE CETTE AFRICANITE

Rien ne justifie que l’Africain abandonne indéfiniment aux autres le droit naturel de toute multitude humaine à parler en son propre nom et à agir selon ses propres intérêts.  L’Africain est trop souvent l’objet et/ou le destinataire du discours d’autrui, mais trop rarement l’auteur de discours à propos de soi-même, a fortiori à propos d’autrui. Or le lieu épistémique d’où l’on parle détermine paradigmatiquement ce que l’on dit, dans une certaine mesure. Il n’existe pas d’objectivité pure et parfaite, telle que l’auteur d’un discours serait totalement indifférent aux contingences historiales de sa production.


En définitive, certains prétendent parler toujours d’un point de vue universel. Ce qui est une une escroquerie intellectuelle, ou une méprise idéologique. En fait, ceux-là ne font rien moins que d’instituer d’emblée (voire par la force) leur point de vue nécessairement particulier, comme étant la figure par excellence de l’universel. Ils feignent ainsi d’ignorer que seul l’approfondissement d’une voie particulière permet d’accéder à un universel. En d’autres termes, plus je m’enracine dans mon africanité, plus vite et mieux j’accède à une universelle humanité ; plutôt que d’errer l’âme en peine à la périphérie de cette humanité : comme un zombi…


L’afrocentrisme vise ainsi à instituer et assumer expressément un point de vue africain sur les questions concernant le monde et l’humain en général, particulièrement l’Afrique et les Africains. Une attitude d’esprit honnête avec elle-même et avec les autres, qui ne se dissimule pas derrière un subterfuge universaliste. L’afrocentricité pose en principe inaliénable l’autonomie de la personne humaine, et donc aussi de l’Africain. Pour ce dernier, cette autonomie (perdue depuis cinq cents ans en bien de domaines vitaux) est impérativement et urgemment à recouvrer/reconquérir ; ici, partout, et maintenant.






KLAH Popo



Bibliographie

- Cheikh Anta Diop, Nations nègres et culture, éd. Présence Africaine, 1954

- James Granville Monah Georges, Stolen legacy, 1954

- Molefi Kete Asante, l’Afrocentricité, éd. MENAIBUC, Paris, 2003

- Ama Mazama,   L’impératif afrocentrique, éd. MENAIBUC, Paris, 2003.

3 comments to Afrocentricité, afrocentrisme

  • kochyz

    L’Afrocentricité est un excellent bouclier face aux différentes attaques de l’imperialisme occidental. Un puissant antidote. Le plus important donc est de trouver le moyen de relayer cette ideologie sur le terrain en Afrique. Il faut deja ecarter de notre imagination les canaux officiels et influents qui ne seront pas promptent a en faire la promotion. Parce que l’Afrocentricite challenge en profondeur notre paradigme intellectuel et la fondation meme de notre identite…manufacturee par la colonisation. L’Afrocentricite remet fondamentalement en question, entre-autres, notre ancrage aux spiritualites extra-africaines. Sachant que nos politiciens sont les promotteurs de premier choix du christianisme et de l’islam, l’Afrocentricite n’est pas une ideologie qu’ils accueilleront a bras ouverts. Il faut quand meme, a tout prix, creer un courant afrocentrique dans les societes, dans les cercles intellectuels populaires africains. Comment s’y prendre? Chacun apportera son idee. La mienne est de creer un ‘proselytisme afrocentrique’. Nous devons vulgariser cette ideologie dans nos societes or die. La Cote d’Ivoire par example offre d’interessantes plateformes informelles telles que les ‘parlements’ populaires qui sont malheureusement pris en otage par les ‘patriotes’ de tous genres qui s’en servent pour regler plutot leurs guerres de chapelle. Ces parlements, neamoins, restent a ce jour ouverts a tous ceux qui veulent prendre le micro. Il faut creer des associations ‘d’evangelisation’ afrocentriques. Faire des prospectus, les distribuer a la sortie des ecoles. Il faut occuper le terrain, defendre, promouvoir et ‘vendre’ l’Afrocentricite comme un produit. Nous devons developper des techniques de persuasion, reprendre les strategies de marketing pour propulser nos convictions. Le christianisme, l’islam et toutes les autres ideologies qui alienent nos conscience utilsent des techniques bien huilees de propagation.Comment vous vous y prenez quand vous avez en face de vous un africain profondement aliene? Il sera tres defensif, dans certains cas agressif face a vos idees afrocentriques qui remettent en question ses certitudes sur son identite. Les ‘temoins de jehovah’ font face quotidiennement a ce genre de reactions. Ils font malgre tout de nouveaux fideles, regulierement. Comment s’y prennent ils? Il faut chercher, espionner, reprendre a notre avantage.
    La theorie de la disonnance cognitive nous apprend que si l’on demande a un individu d’apprendre quelque chose qui contredit les connaissances qu’il deja solidement integre – specialement s’il a un fort attachement a ses premieres connaissances – il y a une haute probabilite que ce dernier resistera au nouvel apprentissage. Ce nouvel apprentissage est dans ce cas, une ‘Supplantive learning’. En d’autres termes, c’est un apprentissage qui apporte des connaissances qui prennent le dessus sur les connaissances initiallement acquises. Contrairement a l ‘additive learning’, qui est un apprentissage qui ajoute de nouvelles connaissances a celles deja integrees. Qui suscite donc moins de resistance de la par de l’individu.
    La psychologie a egalement des techniques pour contrecarrer cette resistance au ‘supplantive learning’ qui sous-tend l’Afrocentricite, ideologie qui demande une metamorphose, un changement radical de paradigme intellectuel. Les hommes les plus restistants a l’Afrocentricite, je pense, sont les Africains eux-memes. Pour des raisons que nous savons tous.
    Nous devons imperativement nous organiser, en dehors des sites internets, creer des strategies de perssuasions et de propagation. Le terrain nous attend.

  • KLAH Popo

    “Nous devons imperativement nous organiser, en dehors des sites internets, creer des strategies de perssuasions et de propagation. Le terrain nous attend.”

    Ce site vise d’abord à rassembler des internautes curieux de l’afrocentricité, ou connaissant ce courant de pensée, et qui désirent échanger sur le sujet. Bien entendu, à la longue des affinités pourraient naître qui pourraient déboucher sur des “actions de terrain”.

    Merci, kochyz, de signaler d’emblée l’impératif d’action ; mais comme on dit “doucement, doucement, on est pressé”…

  • [...] les terrains idéologiques eurocentristes où elle est calomniée, Molefi Kete Asante  a proposé un paradigme épistémologique de reconquête de soi, qu’il a nommé afrocentricity[17]. Il s’agit d’une tentative de rupture radicale avec les [...]

Leave a Reply